Jean-Baptiste Charles Des Guerrois.
Biographie :
Historien, homme de lettres, poète et bibliothécaire français né le 3 août 1817 à Troyes dans le département de l'Aube, Jean-Baptiste Charles Des Guerrois est mort dans sa ville natale le 13 mars 1916 à l'âge de 98 ans. Découvrez sa biographie complète sur Wikipédia.Les 50 citations de Charles Des Guerrois :
Le bonheur de la jeunesse égaie la vie comme le soleil du matin égaie la journée.
Nos plaisirs sont comme les marbres de l'antique Grèce : Il faut que le temps et la mémoire aient passé dessus pour qu'ils aient leur belle et douce teinte dorée, et qu'ils soient revêtus de toute leur beauté.
L'argent est bas, il faut l'ennoblir ; il n'y a que l'esprit ou le cœur qui puisse lui donner sa noblesse.
Quand on est jeune et qu'on a l'esprit porté à la raillerie, on se figure volontiers qu'en la déguisant bien et en la raffinant le plus possible, on la rendra presque agréable à celui qui en est l'objet et la victime ; on voudrait se persuader qu'il vous saura gré de l'avoir attaqué avec une arme si délicatement aiguisée ; et on ne se dit pas que plus elle est fine, plus elle pénètre loin, et plus elle fait de mal en définitive. L'homme condamné à mort serait-il amoureux de son bourreau parce que celui-ci viendrait avec un sabre trempé à Damas, et garni de perles à la poignée ?
La politesse, chez une certaine classe de caractères, est la forme naturelle que prend l'expansion : Ils aiment, mais, par froideur de dehors, ils ne peuvent arriver plus haut qu'à être polis. Toute expression de tendresse dans leur cœur arrive sur leurs lèvres en formule de politesse. Les uns, les moins raffinés, n'y prennent pas garde, et cela se fait à leur insu ; les autres, les plus délicats, en souffrent sans pouvoir échapper à cette nécessité de leur nature.
La tendresse est le feu de la forge qui amollit le fer pour le marteau ; elle amollit les caractères pour les rudes enseignements de la vie commune qui frappe et façonne comme le marteau.
Il y a des gens qui vivent cette vie comme s'ils n'avaient à tâche qu'une seule chose : Amasser des biens pour une seconde vie ! Ils y vont avec une ardeur, une conscience telles qu'on jurerait qu'ils ne doutent pas de leur fait. Hélas ! la mort est là qui va se déclarer héritière des biens si soigneusement amassés, et les mettre en œuvre à sa façon.
Rien peut-être n'est plus propre à donner une idée du néant de l'homme que le chaos perpétuel qui se fait, non seulement dans son intelligence, mais dans son cœur, dans ses désirs comme dans ses pensées. Non content de regretter après coup le mauvais succès de ses ambitions, il lui suffit d'avoir désiré pour se dégoûter.
La vie est une algèbre dont nous ne connaissons pas les signes, parce que nous les observons mal ; mais si une fois nous en avions saisi la clef, tout s'enchaînerait à nos yeux avec autant de rigueur que les propositions d'Euclide.
Ah ! ne travaillons pas de gaieté de cœur à mettre de l'irréparable dans la vie. La vie, hélas ! se charge assez d'elle-même de nous éviter ce soin : L'irréparable, chaque minute y pousse ; regardons-nous avec nos yeux, regardons-nous avec notre âme.
J'ai un malheur, c'est de ne pouvoir jamais vivre dans le présent, dans mon sentiment actuel, dans ma pensée d'aujourd'hui : Ce qu'on me dit, ce que je vais dire, je l'apprécie comme si j'en étais à dix ans dans l'avenir. La lettre que j'écris, je la lis avec les yeux de celui qui la recevra. Ce que je vois, ce n'est point le fait d'aujourd'hui, je le regarde d'un œil plus vieux de dix années. Un terrible prisme. Voilà pourquoi je ne m'intéresse pas à grand-chose.
Les amoureux par vanité, j'en ris ; les amoureux par reconnaissance, je les admire ; les amoureux par amour, trois fois heureux !
Il en est de certaines âmes comme de quelques plantes, elles ont besoin d'être un peu froissées pour rendre tout leur parfum.
Comme les corbeaux qui flairent les cadavres, certains hommes sont d'une subtilité passionnée à flairer le malheur. L'organisation leur impose, comme une volupté poignante, d'en préliber un avant-goût ; et, chose singulière ! cet instinct ne les trompe pas : Deux fois malheureux ; malheureux par la prévision qui est déjà la réalité, malheureux par l'événement.
La femme que nous préférons (je ne veux pas parler de l'amour), la femme que nous préférons n'est pas celle qui nous a paru la plus spirituelle, mais celle qui nous a trouvé le plus aimable.
Imprudents qui, à la première piqûre du malheur, jetez les hauts cris comme s'il vous avait blessés à mort, prenez garde, par vos clameurs, d'éveiller son attention qui se détourne de vous, d'appeler des coups près de fondre sur d'autres têtes. Prenez garde d'être un jour, et ce jour peut-être est prochain, contraints de regretter, comme l'idéal du bonheur, ce qui vous paraît aujourd'hui le comble de l'infortune. Prenez garde d'apprendre à connaître le désespoir, vous qui n'avez passé que par d'imperceptibles épreuves, dignes à peine du nom de disgrâces.
L'homme qui, sur la foi de quelques jours de bonheur, espère immobiliser sa vie, ressemble à celui qui, sur la foi d'un rayon de soleil, voudrait conjurer les tempêtes, ou bien à celui qui, après s'être confié, sur une frêle barque, aux flots tumultueux d'un torrent, séduit par quelque site merveilleux, se dirait : Je vais arrêter mon esquif au milieu du courant, je vais faire une longue halte sous ces ombrages délicieux de la rive. Le courant l'entraîne toujours, adieu les ombrages frais, les sites charmants : Là-bas est le banc de sable où le navigateur va échouer, le rocher où son esquif va se briser tout à l'heure.
Je voudrais que tout le monde fût heureux sur cette terre, dussé-je rester seul à la porte de cet universel paradis : Je tâcherais alors de me composer un bonheur avec le bonheur de tous les autres.
Celui qui, les yeux et l'esprit troublés d'ambitieuse vanité, se hisse au pouvoir, attrape un ministère, est un homme ivre qui se suspend à la flèche d’un clocher à deux cents pieds du sol.
Combien de livres on lit pour dire qu'on les a lus ! Combien de voyages qu'on entreprend pour dire qu'on les a mis à fin ! Combien d'actions qu'on fait pour dire qu'on les a faites ! Et l'on a regret à tout le temps, à l'effort qu'il y a fallu dépenser !
Fous que nous sommes ! Nous voulons saisir la physionomie morale des hommes et des choses ! Nous croyons l'avoir fixée, nous applaudissons au peintre qui l'a prise sur le fait ! Et la physionomie des choses physiques, que leur apparente immobilité rend plus faciles cent fois à saisir et à exprimer sous des traits définitifs, nous échappe à tout moment ! Nous croyons la tenir, et un peu de lumière, un peu d'ombre de plus, nous hésitons à les reconnaître, c'est presque un objet nouveau que nous avons sous les yeux. L'immobilité, mettez-la donc dans votre œil, mettez-la dans le rayon qui y vient apporter la lumière variée de nuances innombrables ! Mettez-la dans votre esprit, qui ne se ressemble pas à lui-même d'une heure à l'autre ; mettez-la dans les nuages qui courent au-dessus de votre tête !
Si, par faute ou par nécessité, vous négligez d'appuyer les jours de votre malheur aux heures d'une prospérité défaillante, vous ne forcerez pas la fortune : Elle ne se rallie qu'au drapeau même déchiré qui guide la vie et l'activité humaines.
Celui qui outrage la vie et qui se mutine fait le novice ; celui qui se livre à elle et chante en disant : Bonheur, charme son imagination aux dépens de sa sincérité. Ni pleurs ni dithyrambes, mais un sourire qui lui dise à cette vie : Je te connais, tu ne vaux ni que je te célèbre, ni que je te déplore.
La vie est comme ces engrenages qui broient la jeunesse, la beauté, la grâce, comme ils broieraient une masse d'argile. À cela près que la machine est aveugle, et que la vie semble choisir ses victimes.
Un jour, cela est sûr, car vous êtes homme, et tous les hommes sont ainsi, votre jeune ardeur s'apaisera et vous aspirerez de toute votre âme au calme que vous avez fui de toutes vos forces ; vous regretterez amèrement les jours, les heures que vous aurez donnés aux emportements de la jeunesse ; vous bénirez le repos qui sera pour vous le commencement d'une nouvelle vie, vous savez cela, vous savez un axiome algébrique. Pourquoi donc ne commencez-vous pas par où vous serez heureux de finir !
Il semble parfois et pour certains êtres qu'il y ait dans la destinée comme dans certaines organisations physiques, un point faible, un point vulnérable où se porte tout l'effort de la nature, tout l'art de celui se sent atteint, et toujours le mal renaît intense, irrésistible, quoique caché. Ainsi nous portons dans notre destinée le mal latent, le mal incurable ; quelques heures paraissent le soulager parfois ; quelques hasards sont sur le point de le mettre à fin : des efforts de la volonté vont le faire disparaître pour toujours : Vaine espérance ! Au moment imprévu, il revient, et nous sentons bien que c'est pour toujours, que c'est le nœud en vain tranché par la hache à l'écorce du chêne, et qui va jusqu'au cœur de l'arbre, qui fait le tour du roseau.
On devrait bien y regarder à deux fois avant de forcer la vie par une dernière épreuve, à nous dire tout ce qu'elle contient et tout ce qu'elle entend nous donner ; quand cette épreuve est venue faire la révélation suprême, âme muette et désolée n'a plus qu'à assister au développement fatal de sa destinée à l'avance contemplée, et que rien ne saurait plus ni modifier, ni détourner.
Si l'on pouvait avoir un sens pour entendre l'âme du méchant comme les médecins entendent les mouvements du cœur ou de la poitrine, on assisterait comme à un concert de haines, de malédictions et d'atroces désirs ; on entendrait un bruit strident de traits qui partent et volent en tous sens, et brûlent de s'enfoncer en sifflant dans le premier cœur qu'ils rencontreront. Il ne s'agit pas pour le méchant de venger une injure réelle ou imaginaire, il s'agit d'exercer sa méchanceté comme le poète exerce son génie. Votre seul tort, à vous qu'il pique d'un de ses traits, c'est d'être à sa portée.
L'homme est déjà dans l'enfant, l'enfant est encore dans l'homme, cela seul suffit à expliquer bien des contrastes réels, bien des anomalies apparentes.
Le bonheur, dans une destinée humaine, est à son ensemble et à sa définitive beauté, ce que le velouté est à la fleur, ce que le duvet est au fruit. En l'absence de l'un et de l'autre, la saveur peut être égale, le parfum n'est pas moins doux, mais l'œil s'éloigne involontairement repoussé, et cherche d'instinct la fleur plus vierge, le fruit plus intact. La destinée aussi n'a toute sa beauté, toute sa perfection, que par le bonheur. Sans le bonheur, les fruits les plus savoureux avortent ou ne sont pas cueillis, condamnés par la négligence et par l'oubli à mourir sur leur arbre natal.
Il semble qu'en France le pouvoir ne soit guère qu'un paradoxe qu'on n'établit que pour le renverser d'une manière plus éclatante ; bon tout au plus à servir de but à une sorte de tir à la cible et à manifester l'adresse du plus habile.
Les natures généreuses sont plus reconnaissantes du bienfait pleinement spontané ; les natures moins heureusement douées se souviennent avec plus de charme du bienfait provoqué, et la raison en est simple : De tels caractères se savent bon gré à eux-mêmes d'avoir osé ou su demander. Leur reconnaissance n'exige aucune dépense de sentiment, car elle revient en quelque sorte à eux-mêmes ; ou plutôt, ce n'est pas de la reconnaissance ; c'est le triomphe intérieur de l'adresse ou de l'audace.
Passer de la richesse à la pauvreté, passer de l'amour à la haine, une seule et même chose, également douloureuse de part et d'autre. La haine, l'indifférence, deux termes successifs d'une progression décroissante.
La lutte des égoïsmes, un beau spectacle à voir pour celui qui est fort et qui ne fait pas de la vie une élégie sentimentale. La lutte des égoïsmes, elle est visible en bien des lieux et sur bien des points ; mais ce qu'on ne voit pas ! ce qui est possible ! L'égoïsme est le roi du monde : Si les choses vont bien entre plusieurs, si même l'amitié ou ce qu'on appelle de ce nom s'établit entre eux, c'est que leurs égoïsmes ne se sont pas rencontrés, ou même qu'ils se sont accommodés d'un contact utile, agréable à chacun d'eux ; entre les autres, si tout va bien, c'est que les égoïsmes se sont faits asymptotes : Voilà tout. J'en excepte l'amour qui est une sublime folie.
Il faut souvent oublier quelles gens ont en goût aux choses que nous aimons pour pouvoir les aimer encore.
Quand on a goûté au bonheur, qu'on y a cru comme à un bien qui donnait le droit d'abuser, si un jour le malheur vient en punition, on éprouve au milieu des tortures je ne sais quelle satisfaction poignante de rentrer dans l'ordre moral par la souffrance ; c'est comme la preuve que Dieu ne nous a point oubliés.
Des nuages qui flottent autour du soleil ne rendent sa chaleur que plus ardente. Des tristesses répandues autour d'une âme la font aussi plus chaude et plus bienfaisante ; mais aussi c'est le soleil, mais aussi c'est une grande âme : Si c'est un astre secondaire, si c'est une âme faible ou seulement moyenne, le nuage léger en éclipse la lumière, en intercepte la chaleur.
L'amour, on y croit dans l'adolescence, on le cherche dans la jeunesse avec foi, et on le regrette plus tard avec larmes, comme on regrette ces pays enchantés où nous allions enfants, où les contes de fées promenaient notre imagination tendre et naissante sous un soleil plus beau que le nôtre, parmi des verdures dont les nôtres ne sont qu'une faible et imparfaite nuance.
L'amour, c'est un bel idéal ! S'il pouvait durer toute la vie, il la ferait belle comme à ces heures où, parmi les enchantements d'une poésie divine savourée sous les éclairs du bonheur, le monde apparaît sublimé.
On croit à bien des amitiés dans ce monde, dont, si l'on voyait le fonds, on serait épouvanté : Vos amis, mais vous êtes pour eux un sujet d'entretien, quand vous n'êtes pas un sujet de médisances et de calomnies. Votre cœur, vos sentiments, vos idées, sujet de discours et rien de plus : Oh ! que le cœur est étranger à tout cela, et quand il faut mettre le doigt sur la place sensible, oh ! que tout est froid, que tout est vide !
Encore une variété bizarre de l'espèce humaine ! Elle se compose, et elle est nombreuse, de gens qui, par inconstance plus que par méchanceté, par faiblesse autant au moins que par égoïsme, se lassent d'être aimables. Ils le seront une fois, deux au plus ; la troisième, ils ont peur d'être obligés de s'admirer eux-mêmes, et, par excès d'humilité, de modestie, que sais-je ? Ils obligent les autres à les détester, et ils se forcent eux-mêmes à se haïr en personne.
Marcher d'espérances en illusions, et d'illusions en espérances détruites à leur tour, on appelle cela vivre. Quel est l'homme qui puisse dire : - J'ai vécu ? Mais tous espèrent vivre demain.
Je définis la vie : Un apprentissage au doute sur toutes choses.
Vous êtes bien trop libre avec moi pour que je le sois beaucoup avec vous.
Point de cris, point de larmes, infortuné, vous regretterez demain votre désespoir d'hier.
Je crois à l'amitié comme je crois au soleil qui m'éclaire : je jouis de la lumière de l'un et de la chaleur de l'autre, mais sans prétendre les retenir en dépit de la nature et d'elles-mêmes. J'y crois, mais je crois aussi aux éclipses, et je suis sûr que décembre viendra.
Un bon mot, s'il ne tue pas celui à qui il s'adresse, tue celui qui le lance.
Le chrétien est compatissant et bon ; il a des larmes et des consolations pour celui qui souffre des duretés de sa vie, des souffrances de l'existence intérieure.
La vie n'est que le prologue de l'immortalité.
Bien des gens sont comme le ver de nos fruits : ils réclament la corruption pour eux seuls ; ils n'aiment pas la corruption partagée.