Émile de Girardin, né Émile Delamothe.
Biographie :
Homme politique, écrivain, éditeur et journaliste français né le 21 juin 1806 à Paris, Émile de Girardin, né Émile Delamothe, est mort le 27 avril 1881 à l'âge de 74 ans dans sa ville natale. Découvrez sa biographie complète sur Wikipédia.Les 46 citations de Émile de Girardin :
La calomnie est un serpent ailé qui tantôt rampe et tantôt vole, selon qu'elle est pressée dans sa course, selon qu'il lui importe de devancer la vérité qui la poursuit, ou bien de se cacher à tous les regards.
La mort est le terme des souffrances et l'initiation aux secrets de la nature.
Les temps où l'on se grandit par l'abnégation sont ceux où l'on se rapetisse par l'ambition.
La contradiction, cette gymnastique de l'esprit, n'a d'autre effet que d'affermir chacun dans sa conviction. Le pays où la liberté de la contradiction existe est, au pays où cette liberté n'existe pas, ce qu'est au marais où les eaux croupissent, exhalant des miasmes mortels, le fleuve dont les eaux portent à la mer et dans toutes les parties du monde les navires d'un peuple, ses produits, ses idées, sa prospérité, son nom.
Les convictions sont à l'esprit ce qu'est au vaisseau l'ancre qui le retient dans le port, le protège contre les courants, le préserve du naufrage.
L'impopularité est moins souvent un châtiment qu'une épreuve. La popularité, au contraire, est plus communément un écueil qu'une récompense. L'une est parfois le chemin qui conduit à l'autre : chemin pénible à gravir, dangereux à descendre. Les mauvais princes qui ont fini par être détestés ou méprisés n'avaient-ils pas presque tous commencé par être populaires !
La force est à ses œuvres ce que sont au sable de l'Océan le flux et le reflux. Le sable que le flux a apporté, le reflux le remporte. Ce que la force a fait, la force contraire le défait.
Le doute agit sur l'esprit comme la paralysie sur le corps.
De tout temps, l'hostilité a su racheter ses écarts par l'excès de la servilité. Il n'y a qu'au dévouement qui entend conserver son indépendance et sa sincérité qu'on ne pardonne jamais.
On dépense assez facilement, et sans s'en rendre compte, l'argent qui reste improductif, mais on dépense plus difficilement celui qui donne un intérêt, quelque faible qu'il soit. L'argent attache plus par son produit que par lui-même.
Toute dépense inutile, si faible qu'elle soit, effectuée par le gouvernement, nous parait un vol fait au contribuable.
Il en coûte moins de donner une fois que deux, parce que la seconde fois on craint le tour de la troisième.
Demandez trop, plutôt que trop peu.
Se défier de tout, c'est s'humilier, c'est se rendre soi-même suspect, c'est s'exposer à faire croire qu'on n'a pas suffisamment de fierté ou de loyauté.
La défiance est comme le paratonnerre qui attire la foudre. Malheur à qui se défie, car il appelle la foudre sur sa tête !
Par un travers peut-être, la critique consciencieuse est d'autant plus sévère que le mérite qu'elle constate, ou qu'elle conteste, a plus de droit à sa déférence et à son estime. Communément, la critique n'est indulgente qu'autant qu'elle est indifférente, n'est complaisante qu'autant qu'on la corrompt ou qu'on la circonvient ; même on pourrait ajouter que la critique n'est sincèrement flatteuse qu'alors qu'elle se montre intolérante, injuste, passionnée ; le plus souvent ses rigueurs sont des hommages, ses éloges sont des mensonges.
Beaucoup de crimes et de délits, qui sont imputés à l'homme, ne sont, en réalité, que les souillures d'une société encore emmaillotée dans ses langes.
Le crédit est aux forces industrielles ce qu'est la force motrice dans une usine. Que cette force se ralentisse, tout se ralentit ; que cette force s'arrête, tout s’arrête ; que cette force fasse explosion, tout est brisé. Pour se former une idée juste des nations modernes, ce n'est plus l'histoire qu'il faut ouvrir ; c'est une grande manufacture qu'il faut étudier. Une grande manufacture résume toutes les questions : Éducation, travail, concurrence, émulation, économie, crédit, banque, épargne, prévoyance, inconduite, misère, consommation, marchés, débouchés, transports, protection de l'industrie, liberté du commerce.
Le courage n'est pas un don, c'est un art ; souvent même ce n'est qu'un métier ; moins encore, une habitude. Le maçon qui s'élève à la hauteur des nuages pour poser la dernière pierre d'une cathédrale ne se vante pas d'être brave : Il ne l'est pas non plus. Il sait ce qu'il fait, il fait ce qu'il sait.
Tel qui affronte le feu des canons hésite à traverser un fleuve à la nage.
Les gens qui ont manqué de courage sont implacables pour quiconque en a montré. Je ne sais s'il en est ainsi partout, mais ce que je sais parfaitement, c'est qu'en France le courage n'aboutit qu'à l'isolement. Mieux vaudrait avoir la fièvre jaune ! la quarantaine serait moins longue.
Il n'est sorte de courage que ne puisse enfanter un faux point d'honneur.
Le moyen le plus sûr d'échapper à un péril imminent, à une accusation grave, ce n'est point de lui tourner le dos, mais de lui présenter la face ; c'est d'en savoir mesurer de sang-froid l'étendue pour en savoir à propos détourner le choc.
Le plus vulgaire et le plus facile des courages est celui que l'on voit, impétueux dans l'agression, s'animer par le succès. Le plus rare et le plus difficile des courages est celui qu'un revers, même imprévu, trouve préparé, calme et affermi.
Le mal le plus grave que fait la corruption, au point où elle en est venue, ce n'est pas de tirer injustement des derniers rangs de la foule, pour les placer aux premiers rangs de la société, les moins capables et les moins dignes, au préjudice des plus dignes et des plus capables ; ce n'est pas d'attirer la lie du fond du vase à la surface ; ce n'est pas même d'affaiblir le gouvernement et de le déconsidérer : non. Le mal le plus grave que fait la corruption, c'est d'égarer l'esprit public en détournant son attention des hautes questions et des grands intérêts, pour l'arrêter sur des misères et des turpitudes.
Quel épais et dangereux bandeau que le contentement de soi-même ! On ne voit plus que soi, on ne se donne plus la peine de penser que pour penser à soi : aussi, le moment où l'on croit atteindre le sommet est-il le moment où l'on est fatalement attiré par l'abîme.
Les vrais conservateurs ne sont pas ceux qui votent complaisamment, passivement, tout ce qu'on leur commande de voter. Ce sont ceux qui, comme moi, ne craignent pas de dire la vérité, au risque de déplaire et de se faire d'implacables ennemis.
La conscience du juré, celle des magistrats sont des sanctuaires où nul n'a le droit de s'introduire, car essayer même d'y pénétrer, c'est porter atteinte à l'inviolabilité de la première des libertés de l'homme : la liberté de conscience. Le juré n'a qu'un juge, le juge n'a qu'un juré : c'est lui-même !
La conscience est la première condition comme elle est la plus solide garantie de la liberté, dans laquelle elle entre pour la plus grande partie.
C'est par le péril que s'ennoblit la conquête et que la honte se change en gloire. Le péril écarté, la conquête c'est le vol.
Toute concurrence qu'on redoute exerce une influence salutaire.
La conciliation, c'est la force ; la confusion, c'est l'impuissance.
Il est rare que les concessions ne soient pas des capitulations de principes, des transactions avec l'erreur, des primes données à de nouvelles et plus impérieuses exigences ; en d'autres termes, des faiblesses presque toujours tardives, inutiles, funestes.
Presque toujours, les plus grands effets sont dus aux plus petites causes.
Jamais la calomnie n'a résisté au mépris et ne s'est relevée sous lui. La calomnie ne prend la parole que pour qu'on lui réponde. Ne lui répondez pas, et il ne restera pour l'auteur de la calomnie que la honte d'avoir calomnié.
Toute concession sans réciprocité n'est jamais que le prélude d'une concession nouvelle.
Dédaigner les petites choses n'est pas le moyen de réussir dans les grandes. Par les petites choses on peut juger des grandes.
On fait mal les choses lorsqu'on les fait petitement.
Les bonnes et les grandes choses se font vite ; il n'y a que les petites et les mauvaises choses qui se font lentement.
Une grande nation a mieux à faire que de trouver des coupables, c'est de trouver des capables. Choisir est le mot de l'avenir ; condamner est le mot du passé. Choisir est le don de la supériorité ; condamner est la dernière des nécessités humaines.
Ce qui caractérise le chercheur, c'est de chercher sans relâche, c'est de chercher toujours ; c'est de se faire, de toute vérité qu'il atteint, un relai qui lui serve à puiser de nouvelles forces pour aller plus loin encore, sans jamais s'arrêter. Tout chercheur de bonne foi, qui sait par expérience l'extrême difficulté de trouver le simple, le juste, le vrai, est de sa nature fort tolérant.
Le courage politique manque essentiellement à la France, et c'est précisément par cette absence de courage que s'explique la périodicité de nos révolutions. Si nous savions mieux défendre nos libertés, nous n'aurions pas sans cesse à les reconquérir pour les perdre encore de nouveau. Mais nous ne savons protester contre un excès qu'en tombant dans un autre.
Se plaindre d'avoir été l'objet d'infâmes calomnies, c'est de l'ingratitude, car la calomnie est le bouclier qui protège contre la vérité ! La calomnie n'est qu'un fantôme, et les petits hommes qui s'en effrayent ne sont que de grands enfants.
Il n'y a que les grands bienfaits qui fassent naître les grandes reconnaissances.
Connaître exactement le jeu de ses adversaires, c'est leur avoir déjà à moitié gagné la partie.
Mieux vaut un adversaire déclaré qu'un allié douteux. On sait à l'égard du premier quelle conduite tenir ; on ne le sait jamais à l'égard du second. Dans ce cas, tous les conseils de la prudence font défaut. La confiance est un écueil, mais la défiance en est un autre non moins à craindre.