Gustave Flaubert
Biographie :
Romancier, écrivain et poète français né le 12 décembre 1821 à Rouen dans le département de la Seine-Maritime, Gustave Flaubert est décédé à Croisset, lieu-dit de la commune de Canteleu situé en Normandie, le 8 mai 1880, foudroyé par une hémorragie cérébrale.Les 48 citations de Gustave Flaubert :
La célébrité la plus complète ne vous assouvit point, et l'on meurt presque toujours dans l'incertitude de son propre nom, à moins d'être un sot. Donc l'illustration ne vous classe pas plus à vos propres yeux que l'obscurité.
Quand on ne regarde la vérité que de profil ou de trois quarts, on la voit toujours mal. Il y a peu de gens qui savent la contempler de face.
Sans cesse l'antithèse se dresse devant mes yeux. Je n'ai jamais vu un enfant sans penser qu'il deviendrait vieillard, un berceau sans songer à une tombe. La contemplation d'une femme nue me fait rêver à son squelette. C'est ce qui fait que les spectacles joyeux me rendent triste et que les spectacles tristes m'affectent peu. Je pleure trop en dedans pour verser des larmes au dehors ; une lecture m'émeut plus qu’un malheur réel.
Tous les grands voluptueux sont très pudiques.
Quand le soleil brille, il y a autant de rubis dans le fumier que de perles dans la rosée.
Ce n'est pas tout d'avoir des ailes, il faut qu'elles vous portent.
La passion de la perfection vous fait détester même ce qui en approche.
De même que tu ne peux extraire d'un corps physique les qualités qui le constituent, c'est-à-dire couleur, étendue, solidité, sans le réduire à une abstraction creuse, sans le détruire en un mot, de même tu n'ôteras pas la forme de l'Idée, car l'Idée n'existe qu'en vertu de sa forme.
Pour moi, je ne sais pas comment font pour vivre les gens qui ne sont pas du matin au soir dans un état esthétique.
Je ne méprise pas la gloire, on ne méprise pas ce qu'on ne peut atteindre.
Qui sait si le coup de vent qui abat un toit ne dilate pas toute une forêt ? Pourquoi le volcan qui bouleverse une ville ne féconderait-il pas une province ? Voilà encore de notre orgueil : nous nous faisons le centre de la nature, le but de la création et sa raison suprême. Tout ce que nous voyons ne pas s'y conformer nous étonne, tout ce qui nous est opposé nous exaspère.
S'il y a un Dieu, il faut avouer qu'il n'est pas toujours dans des accès de bonhomie.
On n'arrive au style qu'avec un labeur atroce, avec une opiniâtreté fanatique et dévouée.
Oh ! cette bonne civilisation, cette bonne pâte de garce qui a inventé les chemins de fer, les prisons, les clysopompes, les tartes à la crème, la royauté et la guillotine !
Il n'y a rien dans le monde qui vaille la fumée qui s'en envole, ni le culot qui la garnit.
Il est vrai que ce sont les cochons qui découvrent les truffes, mais ils ne les mangent pas.
La capitale, pour les bons provinciaux, est quelque chose de très amusant, rempli de cafés, de restaurants, de glaces, de spectacles et de becs de gaz qui éclairent beaucoup. On est vite fatigué de semblables merveilles.
De toute la politique, il n'y a qu'une chose que je comprenne, c'est l'émeute.
Le cœur humain ne s'élargit qu'avec un tranchant qui le déchire.
Il faut convenir que les gens braves sont grotesques et que le peu d'éléments comiques que possède le siècle vient encore d'eux. Il n'y a pas pour moi de prêtre à l'autel, d'âne chargé de fumier, de poète hérissé de métaphores ni de femme honnête, qui me semble aussi comique qu'un homme sérieux.
J'aime par-dessus tout la phrase nerveuse, substantielle, claire, au muscle saillant, à la peau bistrée ; j'aime les phrases mâles et non les phrases femelles, comme celles de Lamartine.
La félicité est un manteau de couleur rouge qui a une doublure en lambeaux ; quand on veut s'en recouvrir, tout part au vent, et l'on reste empêtré dans ces guenilles froides que l'on avait jugées si chaudes.
C’est dans la seconde période de la vie d'artiste que les voyages sont bons ; mais dans la première il est mieux de jeter au-dehors tout ce qu'on a de vraiment intime, d'original, d'individuel.
Dieu a tout fait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.
Le seul moyen de n'être pas malheureux c'est de t'enfermer dans l'Art et de compter pour rien tout le reste ; l'orgueil remplace tout quand il est assis sur une large base.
Il est de certaines fonctions où l'on est presque forcé de prendre une femme, comme il y a certaines fortunes où il serait honteux de ne pas avoir d'équipage.
Travaille, travaille, écris, écris tant que tu pourras , tant que la muse t'emportera. C'est là le meilleur coursier, le meilleur carrosse pour se voiturer dans la vie. La lassitude de l'existence ne nous pèse pas aux épaules quand nous composons.
Dans le temps que je n'avais à me plaindre de rien, je me trouvais bien plus à plaindre. Après tout, cela tient peut-être à l'exercice. À force de s'élargir pour la souffrance, l'âme en arrive à des capacités prodigieuses : ce qui la comblait naguère à la faire crever, en couvre à peine le fond maintenant.
Je crois que le dogme d'une vie future a été inventé par la peur de la mort ou l'envie de lui rattraper quelque chose.
As-tu réfléchi combien nous sommes organisés pour le malheur ? On s'évanouit dans la volupté, jamais dans la peine. Les larmes sont pour le cœur ce que l'eau est pour les poissons.
Il faut lire, méditer beaucoup, toujours penser au style et écrire le moins qu'on peut, uniquement pour calmer l'irritation de l'idée qui demande à prendre une forme et qui se retourne en nous jusqu'à ce que nous lui en ayons trouvé une exacte, précise, adéquate à elle-même.
Malgré toute ma peine et le sel que j'y mettrai, j'arrive à faire des vers mi-sel. À force de répéter la même chose je n'ai l'air que d'un vert-vert ; c'est un air de père-roquet, et avec tous ces vers-là, j'ai l'air lune-attique !
La science est encore la moins ennuyeuse des bêtises ; j'aime mieux un livre que le billard, mieux une bibliothèque qu'un café, c'est une gourmandise qui, si elle rend puant, ne fait jamais vomir.
L'Art comme une étoile, voit la terre rouler sans s'en émouvoir, scintillant dans son azur ; le beau ne se détache pas du ciel.
Tout est là : l'amour de l'Art.
Quand on a quelque valeur, chercher le succès c'est se gâter à plaisir, et chercher la gloire c'est peut-être se perdre complètement.
Quand on voyage en Corse, on mange et on couche dans la première maison venue, dont on vous ouvre la porte à toute heure du jour et de la nuit. On ne paye jamais, et la coutume est seulement d'embrasser ses hôtes, qui vous demandent votre nom en partant. C'est un si drôle de pays que le préfet même ne peut s'empêcher d'aimer les bandits, quoiqu'il leur fasse donner la chasse.
J'ai toujours aimé à chier sur l'herbe et à boire du cidre sous la tonnelle.
Quelle plate bêtise de toujours vanter le mensonge et de dire : la poésie vit d'illusions ; comme si la désillusion n'était pas cent fois plus poétique par elle-même. Ce sont du reste deux mots d'une riche ineptie.
Plus je vais, et plus je me sens incapable de vivre de la vie de tous, de participer aux joies de la famille, de m'échauffer pour ce qui enthousiasme, et de me faire rougir à ce qui indigne. Je m'efforce tant que je peux de cacher le sanctuaire de mon âme : peine inule, hélas ! les rayons percent au dehors et décèlent le Dieu intérieur. J'ai bien une sérénité profonde, mais tout me trouble à la surface ; il est plus facile de commander à son cœur qu'à son visage.
Pour qu’on se plaise quelque part il faut qu’on y vive depuis longtemps. Ce n'est pas en un jour qu'on échauffe son nid et qu'on s'y trouve bien. Dans la journée ça va encore ; mais c'est le soir, quand je suis rentré et que je me trouve dans cette chambre vide, que je pense à Rouen.
Je suis trop triste pour rire, trop ennuyé pour bien écrire ; ma douleur est bête, incolore ; c'est un orage sans éclair et avec une pluie sale. Adieu, tout à toi, tu sais comme je t'aime.
La somme de félicité départie à chacun de nous est mince et quand nous en avons dépensé quelque peu, nous sommes tout moroses.
Je suis parvenu à avoir la ferme conviction que la vanité est la base de tout, et enfin que ce qu'on appelle conscience n'est que la vanité intérieure.
Les journées heureuses m'en font mille mauvaises, la joie m'attriste quand elle est passée, les jours de fête ont toujours pour moi de tristes lendemains.
Ô l'avenir, horizon rose aux formes superbes, aux nuages d'or, où votre pensée vous caresse, où le cœur part en extase et qui, à mesure qu'on s'avance, recule, recule et s'en va !
Tout beau se compose du tragique et du bouffon.
L'existence, après tout, n'est-elle pas comme le lièvre quelque chose de cursif qui fait un bond dans la plaine, qui sort d'un bois plein de ténèbres pour se jeter dans une marnière, dans un grand trou creux ?