Jean de La Bruyère
Les 56 citations de Jean de La Bruyère :
Il est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel.
La perfidie est dans la femme l'art de placer un mot ou une action qui donne le change, et quelquefois de mettre en œuvre des serments et des promesses qui ne lui coûtent pas plus à faire qu'à violer.
Un homme dur à soi-même n'est indulgent aux autres que par un excès de raison.
Ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers à se plaindre de sa brièveté.
Si le fat pouvait craindre de mal parler, il sortirait de son caractère.
L'amitié a besoin de secours, elle périt faute de soins, de confiance et de complaisance.
La sottise est dans le sot, la fatuité dans le fat, et l'impertinence dans l'impertinent : il semble que le ridicule réside tantôt dans celui qui en effet est ridicule, et tantôt dans l'imagination de ceux qui croient voir le ridicule où il n'est point, et ne peut être.
Le fat est entre l'impertinent et le sot, il est composé de l'un et de l'autre.
Les gens les plus aimables dans le monde sont ceux qui choquent le moins l'amour-propre des autres.
Donner, c'est agir ; ce n'est pas souffrir de ses bienfaits.
Un ambitieux a autant de maîtres qu'il y a de gens qui lui sont utiles.
Les faux amis sont des oiseaux passagers qui viennent à nous au printemps, et s'en retournent aux approches de l'hiver.
Les faux amis s'attachent aux richesses, de même que le feu aux matières combustibles, jusqu'à ce qu'il les ait consumées.
Les hommes n'aiment point à vous admirer ; ils veulent plaire.
C'est une grande misère de n'avoir pas assez d'esprit pour mieux parler, ni assez de jugement pour se taire.
Il faut s'accommoder à tous les esprits.
L'on marche sur les mauvais plaisants, et il pleut par tout pays de cette sorte d'insectes.
C'est le rôle d'un sot d'être importun : un homme habile sent s'il convient ou s'il ennuie.
Il y a quelquefois dans le cours de la vie de si chers plaisirs et de si tendres engagements que l'on nous défend, qu'il est naturel de désirer du moins qu'ils fussent permis : de si grands charmes ne peuvent être surpassés que par celui de savoir y renoncer par vertu.
Il faut être bien dénué d'esprit, si l'amour, la malignité, la nécessité, n'en font pas trouver.
L'on est plus sociable par le cœur que par l'esprit.
Rien ne coûte moins à la passion que de se mettre au-dessus de la raison.
On n'est point ambitieux ou on l'est toujours.
Il n'y a point de vice qui n'ait une fausse ressemblance avec quelque vertu.
Un homme sage ne se laisse ni gouverner ni ne cherche à gouverner les autres.
Il est pénible à un homme fier de pardonner à celui qui le surprend en faute.
On ne pourrait se défendre de quelque joie à voir périr un méchant homme.
Qui désire avec trop d'impatience y met trop du sien pour en être récompensé par le succès.
Il est doux de voir ses amis par goût et par estime ; il est pénible de les cultiver par intérêt.
C'est assez pour soi d'un fidèle ami ; c'est même beaucoup de l'avoir rencontré.
Rien ne coûte qu'à tenir parole.
Il est doux et naturel de faire du mal à ce que l'on hait.
Il coûte moins cher de haïr que d'aimer.
L'on peut avoir la confiance de quelqu'un sans en avoir le cœur.
Il est plus ordinaire de voir un amour extrême qu'une parfaite amitié.
La paresse dans les femmes vives est le présage de l'amour.
Les femmes vont plus loin en amour que la plupart des hommes.
Les femmes sont extrêmes ; elles sont meilleures ou pires que les hommes.
Une femme prude paye de maintien et de paroles, une femme sage paye de conduite.
Il y a une fausse modestie qui est vanité, une fausse gloire qui est légèreté ; une fausse grandeur qui est petitesse ; une fausse vertu qui est hypocrisie ; une fausse sagesse qui est pruderie.
C'est trop contre un mari d'être coquette et dévole : une femme devrait opter.
Une femme galante veut qu'on l'aime ; il suffit à une coquette d'être trouvée aimable.
Une femme inconstante est celle qui n'aime plus ; une légère, celle qui déjà en aime un autre ; une volage, celle qui ne sait si elle aime et ce qu'elle aime ; une indifférente, celle qui n'aime rien.
Les femmes s'attachent aux hommes par les faveurs qu'elles leur accordent.
Une femme insensible est celle qui n'a pas encore vu celui qu'elle doit aimer.
Les femmes accusent les hommes d'être volages ; et les hommes disent qu'elles sont légères.
L'amour commence par l'amour, et l'on ne saurait passer de la plus forte amitié qu'à un amour faible.
Les visites font toujours plaisir, si ce n'est en arrivant, du moins en partant.
Qui sait attendre le bien qu'il souhaite ne prend pas le chemin de se désespérer s'il ne lui arrive pas.
Regretter ce que l'on aime est un bien en comparaison de vivre avec ce que l'on hait.
C'est faiblesse que d'aimer : c'est souvent une autre faiblesse que de guérir.
On guérit comme on se console ; on n'a pas dans le cœur de quoi toujours pleurer et toujours aimer.
L'on confie son secret dans l'amitié, mais il échappe dans l'amour.
La vie se passe tout entière à désirer.
L'on n'aime bien qu'une seule fois, c'est la première ; les amours qui suivent sont moins involontaires.
Le temps, qui fortifie les amitiés, affaiblit l'amour.