Joseph Michel Antoine Servan.
Sa biographie :
Homme public, juriste, criminaliste et philosophe français né le 3 novembre 1737 à Romans-sur-Isère dans la Drôme, Joseph Michel Antoine Servan est décédé entre le 3 et le 5 novembre 1807 à Saint-Rémy-de-Provence dans les Bouches-du-Rhône. Découvrez sa biographie complète sur Wikipédia.Les 52 citations de Joseph Michel Antoine Servan :
L'esprit donne moins de confiance que la confiance ne donne d'esprit.
L'esprit de paradoxe est à l'esprit original ce que l'affectation est à la grâce.
L'esprit prend bien plutôt des rides que le visage.
Nul homme ne peut paraître grand à des yeux qui l'ont vu très petit : même à trente ans, on paraît un enfant à sa nourrice. C'est ce que l'homme de génie éprouve avec ses contemporains : ils l'ont vu naître, ils ne le voient jamais grandir.
La politesse s'appelle savoir vivre.
Le malheur du bonheur, c'est la satiété ; et le bonheur du malheur, c'est l'espérance.
La vérité consiste à ne rien dire qui ne soit vrai.
L'espérance est une berceuse d'enfants.
On confond souvent l'égoïsme et l'amour-propre ; l'un n'est pas moins différent de l'autre, que la vie et la maladie. L'égoïsme n'est qu'une corruption de l'amour de soi, comme la maladie n'est qu'un désordre de la vie ; l'égoïsme est un amour-propre mal entendu, erroné dans l'opinion, et pernicieux dans la pratique.
La crédulité est le savoir des sots.
Tout fait peur à l'homme peureux, même son ombre.
La constance est quelquefois un effet du désœuvrement ; on fait toujours la même chose parce qu'on n'a point d'autre chose à faire.
La calomnie poignarde ceux qui l'a bravent et la méprisent.
On trouve parmi les hommes plus de fermeté dans le malheur, que de constance dans le goût du plaisir.
Le bonheur n'est que le plaisir en petite monnaie, et nous ne voulons que les grosses pièces.
Dans ses projets on calcule avec son argent, et rarement avec son caractère.
Pour la plupart de ceux qui travaillent à beaucoup acquérir, le premier pas vers le bonheur serait de tout perdre.
Le plus grand bonheur, et le plus grand honneur de l'homme, est de se vaincre soi-même.
L'homme gémit toujours des maux qui lui arrivent, et ne se réjouit jamais de ceux qui ne lui arrivent pas.
Tout le bonheur de l'homme consiste à se procurer le plus de plaisirs en évitant le plus de peines qu'il est possible.
Quand il est question de dépenser pour le présent, l'avarice allègue l'avenir ; s'agit-il d'une dépense pour l'avenir, elle objecte le présent. Pour un avare, ne pas gagner c'est perdre ; pour une personne économe ne pas perdre c'est gagner.
Le premier principe de l'amitié est un attrait naturel et réciproque entre deux personnes. Après cet attrait naturel, la cause la plus générale de l'amitié est le rapport entre les sentiments et les idées de deux personnes, rapport tel qu'il fortifie les sentiments et les idées agréables, et qu'il affaiblit au contraire les sentiments et les idées désagréables. Enfin, ce qui met le comble à l'amitié est l'habitude contractée par deux amis de diriger toutes leurs actions pour le bien-être l'un de l'autre.
L'amitié est une bienveillance réciproque entre deux hommes.
On dit qu'il faut aimer ses amis avec leurs défauts ; il serait aussi vrai de dire qu'on ne les aimerait point s'ils étaient sans défaut.
L'amitié est babillarde, la vanité est bavarde.
Tous les grands cœurs n'ont point été de parfaits amis, mais tous les parfaits amis ont été de grands cœurs.
L'ambitieux est un homme qui joue un jeu de hasard, où il expose tout ce qu'il a pour gagner tout ce qui lui manque.
Ne paraître prétendre à rien n'est souvent qu'un moyen employé pour obtenir plus tôt.
Ce qui rend les hommes si dépendants de leurs semblables, c'est le désir même de leur commander.
On guérit de l'amour, mais non de l'avarice et de l'ambition. Un amant qui possède sa maîtresse n'a plus rien à désirer ; il a l'objet entier de sa passion, et il peut être complètement détrompé, mais l'ambitieux et l'avare n'obtiennent jamais qu'une partie de ce qu'ils désirent. La passion de l'amour a son comble, mais le mal des honneurs et de l'argent n'en a point ; et quand on a beaucoup on veut davantage.
L'amour n'est qu'une espèce d'ambition renfermée dans un seul objet, qui est la personne aimée, au lieu que l'ambition, proprement dite, voudrait conquérir tous les hommes : aussi l'ambition occupe les hommes après l'amour ; mais jamais l'amour ne contente après l'ambition.
Un grand emploi est une balance où l'on pèse au juste le mérite qu'on n'avait auparavant qu'évalué ; peu y gagnent, presque tous y souffrent du déchet.
Nous sommes aussi difficiles sur l'admiration des choses habituelles, que faciles sur celle des choses nouvelles. Ainsi l'estime que nous faisons des choses étant toujours proportionnée au goût qu'elles nous inspirent, et ce goût étant variable par notre nature même, nous ne pouvons avoir de mesure juste sur rien.
La calomnie tue à coup d'épingles ceux qui la craignent.
L'homme de génie ne peut résider avec tous les autres, il les passe ; l'homme à paradoxe ne veut point résider, il se jette à l'écart.
L'égoïsme est cette erreur qui consiste à croire que le bonheur de nos semblables est indifférent au nôtre, et que nous pouvons être heureux, tandis qu'ils ne le sont pas.
La douceur est cette disposition qui fait qu'on n'oppose aucune résistance aux désirs des autres hommes. Cette disposition peut être l'effet de la faiblesse ou de la force de l'âme.
Souvent on ne se plaint des autres que pour persuader aux autres et à soi-même qu'on n'a point de tort. On se dispense de faire des adieux sous prétexte de cacher sa douleur ; mais souvent en effet pour cacher son indifférence.
Dans les temps de dissensions civiles, chaque faction ne se défend des injures qu'elle craint de recevoir, ou qu'elle prétend avoir reçues, qu'en tachant de faire à ses ennemis de plus grands outrages. Comme la haine est extrême de part et d'autre, on la croit incurable ; et l'on suppose d'abord que toute réconciliation est impossible, opinion qui la rend réellement impossible.
Les défauts plaisent dans certains caractères comme les incorrections du style plaisent parmi des beautés, ou comme une masse d'ombre repose l'œil dans un tableau très éclairé ; et tout cela par la même raison : l'esprit aime la variété, et surtout les contrastes, parce qu'au plaisir de la diversité, les contrastes ajoutent celui de l'étonnement.
Un des principes de la crédulité du peuple est que les choses extraordinaires qu'on lui débite doivent être vraies puisqu'on ose les dire ; par là même, plus elles sont incroyables, plus il les croit : ainsi tout chef de secte n'a rien tant à craindre, que de mettre de la raison dans sa conduite et dans ses opinions.
Une des qualités les plus rares de l'esprit de conversation, et de tout esprit, est de savoir prendre le ton des choses.
L'esprit de suite n'est guère moins rare en France que la fougue du génie.
Un homme persévérant est plus sûr de faire naître une telle volonté dans telle tête, qu'un jardinier telle fleur étrangère dans tel terrain.
L'esprit de suite est fort rare : aussi dans toutes les parties on ne trouve presque que des hommes commencés, nul talent, nul savoir, nulle vertu, ne reçoit son juste développement, on raisonne beaucoup plus qu'on ne conclut, on conclut bien plus qu'on ne résout, et l'on résout fort au-delà de ce qu'on fait.
Les trop grandes promesses ne sont qu'un vent qui éteint la confiance, ou bien la confiance s'étouffe sous le volume des promesses.
Une confiance pleine et sans mesure réveille quelquefois l'honneur dans l'âme d'un fripon.
La vérité consiste à ne rien dire qui ne soit vrai, et la circonspection à ne pas dire les vérités qui peuvent nuire. Il est bien plus commun de savoir parler, que de savoir quand il faut parler. Agissez dans la société avec la même vérité que si vous étiez dans la plus profonde solitude, mais agissez dans la solitude avec la même retenue que si vous étiez au milieu de la société. Un homme qui se tait ressemble à un cabinet fermé, personne n'oserait assurer qu'il n'y a pas là une bibliothèque.
Vouloir censurer tous les ridicules est le plus grand des ridicules. Il faut pour l'ordinaire un plus grand mérite pour supporter une juste censure que pour obtenir une juste louange ; il est peu d'hommes qui ne se rendent dignes de quelque éloge, il en est bien peu qui sachent souffrir le blâme qu'ils ont mérité.
Le caractère est un cercle, on y tourne toute sa vie , on n'en sort jamais.
Une erreur commune à tous les hommes, c'est de se figurer le bonheur dans le repos et les plaisirs réels ; il consiste plutôt dans un désir et un travail modéré, soutenu par les plaisirs d'opinion que donne une espérance raisonnable et prochaine.
Ce qui est appelé amitié entre les bons est conjuration entre les méchants.